Veillée de Noël 25 décembre 2004
 

 

En ces jours là
Ces jours-ci, ici, la ville est agitée, bruissante, pleine de mouvements, énervée
Ces jours-là à Bethléem pareillement, tout était mouvements et foule

Et tout près, dans le silence de cette très longue nuit d'hiver, sous les étoiles, une naissance, un nouveau-né

Ce tout nouveau-né dans sa faiblesse a le pouvoir de nous rassembler, pour cette veillée de Noël
- ceux qui viennent ici régulièrement vivre en communauté leur foi et leur prière,
- ceux qui passent au cours d'un voyage… d'un séjour…, de l'autre bout de la France ou du monde (Australie)
- et aussi ceux qui tiennent à célébrer avec l'Eglise universelle, dans cette église de Saint Merri, un des grands moments de joie de l'année

Cette grande nouvelle, cette bonne nouvelle, cette grâce de Dieu présent aux hommes, Saint Paul nous dit qu'elle s'est manifestée pour le salut de tous ; proches ou lointains, ils sont présents à nous ce soir.

Nous allons avancer ensemble dans cette histoire, en plusieurs étapes, autour des textes d' Isaïe et de Luc.

¢ Avec ISAIE d'abord,
le peuple est dans les ténèbres, la lumière se lève, passage de libération, éternellement recommencé

¢ Avec LUC ensuite et en trois temps
- dans un premier temps,
il nous raconte la simple histoire d'une naissance, en ce temps-là, en ce pays-là, en cette nuit-là,
- dans un deuxième temps
c'est l'annonce aux premiers voisins, les bergers : aujourd'hui vous est né un sauveur ; face aux attentes des hommes, quel signe est cette naissance? (quels commencements/ quelle espérance ?
- puis dans un troisième temps, les bergers voient, et repartent dans la joie ;
cet enfant avec ses parents qui n'avaient pas de place, comment l'annoncer au monde ?

¢ Et , après la prière eucharistique et la communion, que nous célébrerons autour de ces grandes tables, nous écouterons encore la forte voix d'ISAIE, qui nous annonce l'heure de la justice, et une paix sans fin, dans l'amour invincible du Seigneur de l'Univers.

Ombres et lumières, paroles et silences, musiques et chants vont nous accompagner.

ISAÏE 9, 1-16

C'est cette nuit, la plus longue de l'année, dans cette église, enveloppée, vêtue de lumière et d'ombre que nous faisons nôtre cette parole :
" un peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière "
Ténèbres du récit de la Genèse,
Ténèbres de l'Origine
Lumière, celle de la même Genèse
Lumière de l'Origine
Un peuple habite une terre de l'ombre, une terre de la douleur. Mais c'est un peuple… un peuple qui marche…dans les ténèbres… mais qui marche.
Ces ténèbres nous les connaissons et il ne me semble pas nécessaire de citer ce soir les faits et les images que nous évoquent ces mots de douleur et de ténèbres…Ils sont notre quotidien et notre pays de l'ombre, nous les portons et nous les vivons.
Portons les, ce soir, pour marcher vers cette lumière
Lumière qui saura nous donner un autre regard,
Qui saura nous libérer du joug et des gourdins qui pèsent aujourd'hui sur nos épaules
Lumière qui saura nous donner une once de vie autre et nouvelle comme celle de l'enfant de noël.

Un peuple qui marche sur sa terre de douleur et VOIT !
Sommes nous cette communauté, ce peuple capable de VOIR ?
Voir une lumière au travers de nos ténèbres ?
Voir une lumière donnée ce soir par la naissance d'un petit homme ?
Lumière donnée il y a 2000 ans et pour toujours !
Lumière donnée pour éclairer nos ténèbres, pour vaincre l'ombre mais non pour l'abolir !
Oui, c'est bien au sein même de ces ténèbres que la lumière brille.
Ombre et lumière ne peuvent être séparées. L'ombre est à elle seule le signe que la lumière existe.
Le peuple dans les ténèbres voit la lumière, elle n'est aucunement le fruit d'une volonté ou imagination humaine, mais elle EST là, donnée à voir.
Il ne s'agit plus, pour nous, d'espérer une autre vie, une autre lumière, voire même un sauveur…
" un enfant nous est né, un sauveur nous a été donné "
C'est celui-ci que nous accueillons cette nuit.
Ce tout petit homme a traversé la ténèbre pour toujours. Il a fait pour nous ce grand passage de la Résurrection et il peut ainsi renaître ce soir au milieu de nous.
2000 ans après nous sommes, ce soir, un peuple capable de VOIR la lumière, de marcher malgré nos ténèbres, parce que nous savons qu'une lumière luit pour toujours et ne s'éteindra jamais.

Nous voici ainsi enveloppés de lumière.
Les bougies tenues autour de l'assemblée vont remonter vers le lieu de la célébration en passant de mains en mains afin que chacun puisse vraiment VOIR que ce soir une lumière brille à jamais dans nos ténèbres.

Florence Carillon, 24 décembre 2004


LUC chapitre 2, versets 1 à 7

Dans cette première partie de l'évangile, Luc fait mention d'évènements factuels qui ont eu lieu au moment de la naissance de Jésus.

On est dans le temps - une période de l'histoire d'un pays occupé - en difficulté forcément - En plus, il faut aller se faire recenser… On imagine les va-et-vient, l'inquiétude, voire le mécontentement des gens. Ces démarches administratives n'avaient pas toujours lieu à côté de chez soi…

C'est le cas de Joseph. Il lui faut rejoindre Bethléem, quitter sa maison de Nazareth où il habite avec Marie.
Marie… elle est enceinte, elle porte son enfant comme toutes les femmes d'hier et d'aujourd'hui. Bientôt à terme, elle fait quand même le voyage.
C'est dans ce contexte-là que Jésus va naître, semblable à tous les nouveaux-nés du monde.
Il sera comme les autres enfants, bien de son époque, bien de son pays.

C'est un homme qui est né d'une femme.

On est dans le temps - dans la sobriété et le dépouillement le plus total. Il n'y a pas de place pour s'abriter, mais au cours d'un recensement imposé à toute une population, rien d'étonnant. Enfin… on a quand même trouvé pour ce nouveau-né une mangeoire… un minimum !

On est dans le temps - mais… par delà l'évènement c'est Dieu qui s'incarne, c'est toute l'humanité qui renaît. Et cela dépasse tout entendement.
Comme le dit saint Augustin : " nous serions morts pour l'éternité si Jésus n'était pas né dans le temps ". … dans le temps…

Jacqueline Casaubon


Noël, l'arrivée du Messie, un événement tant attendu ! Un événement ?

Non, plutôt un non-événement. Au milieu de tous ces gens qui se déplacent dans tous les sens, un enfant va naître dans une mangeoire faute de place dans la salle commune ! Celui qui doit venir n'est même pas accueilli dans la salle commune ! C'est comme une naissance par effraction !

Que faisons nous, cette nuit, après vingt siècles, nous qui connaissons l'histoire ? S'agit-il de fêter un anniversaire ? Certainement pas puisque Dieu n'a pas d'âge.
Comme les Bergers, chacun de nous est venu ici guidé par une étoile, grande ou petite, plus ou moins lumineuse.
Il est des nuits où il est décisif de ne pas dormir, de rester éveillé : il suffit d'être présent, de ne pas manquer le rendez-vous. Et quel rendez-vous, puisque c'est la naissance du Sauveur !
Mais que faire d'un enfant qui rentre ainsi dans notre Histoire. On dit couramment que les mères d'un enfant premier né sont souvent maladroites, propos absurde s'il en est car la maternité n'est certainement pas une technique, mais comme tout amour naissant s'accomplit dans l'émotion du tremblement. En réalité, en présence d'un enfant, deux attitudes extrêmes sont possibles. D'abord le considérer comme gênant, encombrant, sans grand intérêt. A l'inverse, le laisser complètement envahir nos vies mal remplies, et sous prétexte d'amour l'étouffer, le programmer, le conditionner, choisir pour lui les meilleures écoles, le meilleur environnement, les meilleurs camarades, ce que nous appelons parfois lui donner toutes ses chances. Bref, se sacrifier pour lui et, finalement, l'empêcher d'exister !

Description caricaturale ? Exagérée ? Ce n'est pas si simple, car la tentation est grande devant cet enfant qui ne peut s'exprimer de parler à sa place, de faire les demandes et les réponses. Est-ce seulement un homme de plus ? Avons- nous besoin de lui ? Alors qu'allons nous faire devant ce Dieu qui naît, ce Sauveur emmailloté et couché dans une mangeoire ?
D'abord s'arrêter, sortir de notre agitation fébrile, celle des courses, cadeaux, invitations pour préparer la fête, alors qu'il s'agit d'accueillir l'Inattendu. Avons nous vraiment, pendant ce temps de l'avent qui vient de s'arrêter, fait suffisamment de vide en nous-mêmes pour accueillir l'enfant ?
S'arrêter. Laisser le temps immobile quelques instants pour s'émerveiller, nous donner de l'espace pour respirer. Dieu vient se livrer aux Hommes ! Habituellement, c'est nous qui espérons l'enfant dans son devenir. Ici, la situation est inversée : c'est l'Enfant emmailloté qui nous espère ; ce n'est plus nous qui attendons, c'est Lui qui nous attend. Il ne prendra toute sa Plénitude que si nous faisons de l'espace pour construire le Royaume avec Lui. Nous ne sommes pas de simples suiveurs de Dieu. C'est avec Lui que nous avançons ! Il n'y a pas de programme, pas de feuille de route. Comme les Bergers, nous entrons dans l'histoire du Salut, puisque la Bonne nouvelle s'adresse à tout le peuple.
Quels que soient notre âge, notre histoire, Il nous attend au quotidien pour inventer les pages d'Amour que nous écrirons tous ensemble.

Jean-Marc Lavallart


Commentaire à propos de la crèche de Saint Omer

En se saisissant du thème de la Crèche, Saint Omer retrouve ce que nos crèches traditionnelles ont oublié, mais qui figure dans les Evangiles : la violence et la vie.

Jésus est né dans un monde en guerre, dans un pays occupé. L'actualité du Proche Orient nous rappelle chaque jour la violence de cette situation.
Dieu a engendré son fils en passant par la manière dont les hommes (qui par leur corps restent attachés à la nature) se reproduisent.

La violence
Jésus n'est pas venu prêcher la paix à de paisibles moutons, mais la donner à des hommes et des femmes qui en étaient privés.
Le mot PAIX est d'ailleurs ambigu, la paix qu'il donne n'est pas la Paix des armes.
La violence de la situation, il ne l'élimine pas, il l'intègre à sa propre mission : " n'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais bien le glaive. Oui, je suis venu séparer l'homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa maison. (Mt 10/34-36) " Car une guerre peut en cacher une autre.
La paix qu'il donne est le fruit d'un combat, il combat pour la vie et non pour la mort, pour la justice et non pour la domination.
Un combat tout aussi courageux que celui des armes, même si la victoire n'est pas l'écrasement de l'adversaire mais la réconciliation.
Aimer ses ennemis n'est pas du tout une bondieuserie naïve.
L'arme de ce combat est la vérité : rien n'est plus tranchant que la vérité.
Mais bien sûr ce mot de vérité, tout comme le mot de paix, est ambigu.
La vérité dont il s'agit n'est pas dans les livres ou dans les discours, elle est dans les cœurs et dans les liens que l'on tisse avec les autres pour devenir frères.
Dans l'Evangile on l'appelle la Sagesse, un mot qui a un peu perdu de son sens aujourd'hui, mais que rien ne nous empêche de réveiller.

La vie
Dieu a engendré son fils en passant par la manière dont les hommes se reproduisent.
Paradoxalement, c'est la magie de l'art, ces personnages de bois et de fer sont très organiques, voire très sensuels, pour ne pas dire plus. La chair n'a pas à être timide puisque Dieu a choisi de s'incarner.
Les premières représentations de la naissance de Jésus étaient de cet ordre, beaucoup plus réalistes. Marie sortant de couches, allongée à côté d'un nourrisson (le plus souvent soigné par une sage-femme), Joseph assis à l'écart dans l'expectative.
La Crèche que nous utilisons est celle de Saint François, c'est une adoration de l'enfant divin, qui risque de faire oublier qu'il doit encore grandir pour devenir un homme. Car si Jésus est Dieu, il a dû devenir un homme. Il n'a pas fuit le temps en nous donnant l'éternité.
La crèche de Saint François était une crèche vivante. Elle éliminait ce qu'il y a souvent de pathétique dans l'adoration. L'adorateur cherche de toutes ses forces à voir l'invisible. (adoration du Saint Sacrement). A la crèche nous adorons proche de nous, ce que nous voyons, ce que nous connaissons, ce que nous aimons, car Dieu tient tout entier dans notre nature et dans notre vie.
L'une des choses qui expriment l'éternité dans la Bible c'est la fertilité du peuple dont chaque générations engendre la suivante. D'où ce désir d'enfants, qui paradoxalement nous choque quand on le rencontre autour de nous chez ceux qu'on juge a priori pas digne de procréer. Ils doivent alors revendiquer un droit à l'enfant, qui semble exorbitant, alors que ce qui serait étrange ce serait de ne pas avoir envie d'en avoir. L'enfant, qu'il soit le nôtre ou celui de Dieu, nous emmène au-delà de nous-même, au-delà de notre propre vie, il est déjà notre éternité.

A Noël la communauté des croyants se manifeste par un OUI résolu à la vie et au monde, et un amour passionné et immodéré des autres, qui donne la JOIE : joie de vivre, joie de croire ?


Jacques Merienne