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Mars 2006 Objets-chômage
Changeons notre regard sur les chômeurs et sur le chômage Parce que le chômage n'est pas pour nous une théorie
mais une réalité quotidienne, nous l'objectivons à
travers ces Objets : chômages étiquetés. (La parole des accompagnés est un espace de participation où les personnes aidées par Solidarités Nouvelles face au Chômage témoignent et s'expriment)
Extraits de la préface du livre OBJETS : CHOMAGES
.On parle trop souvent du chômage d'une manière abstraite, économique, statistique. On le déplore, évidemment, comme un mal extérieur à soi-même et contre lequel on ne peut pas grand-chose. Ce serait l'affaire du gouvernement, des entreprises, du système économique. Tout se passe comme s'il suffisait de le dénoncer, sans avoir besoin de le figurer, de le représenter, de le replacer dans le vécu de ceux qu'il frappe. Sans qu'il y ait lieu de donner la parole à ceux qui en souffrent, et qui sont de ce fait particulièrement qualifiés pour en parler. Le chômage serait-il non représentable ? Il faut se poser la question. Au fond il n'intéresse pas, et même il repousse. Ce n'est pas un objet digne de l'attention artistique. Il lui suffit d'être vécu par les uns et imaginé par les autres. Il sort du champ du travail culturel que la société démocratique doit faire en permanence sur elle-même. Il faut réagir contre ce déficit aux redoutables conséquences. Car la non-représentation crée l'évitement, l'indifférence et finalement l'impuissance . Du coup, des représentations fallacieuses se mettent en place, des stéréotypes dénoncent l'assistance et la complaisance face au chômage. Ainsi en vient-on à juger là où il faut d'abord comprendre et aider.
Le plus souvent, on parle moins des chômeurs que du problème désagréable qu'ils posent aux autres. Parfois, on parle pour eux, à leur place, et c'est en quelque sorte leur vie qu'on leur dérobe. La question de leur représentation en tant que telle . a bien du mal à émerger et à être traitée avec justesse. Les demandeurs d'emploi en tant que tels ne sont pas représentés dans les lieux où l'on construit les politiques qui les concernent, comme si l'on se méfiait d'eux . Comme s'ils n'étaient pas en mesure d'affronter leur état. Les voilà déresponsabilisés par ceux-là mêmes qui souvent les appellent à plus de responsabilité ! . Ils sont frappés chacun dans leur identité particulière, n'arrivent pas à partager ce qui les atteint dans leur intimité et n'ont donc que peu d'appétit à se retrouver avec d'autres. C'est précisément parce que cette problématique est difficile qu'elle mérite une attention déterminée et sans relâche. Il faut ici faire preuve d'imagination, de créativité, les susciter l'une et l'autre. Tel est bien l'objet de ce livre. En demandant à des personnes qui sont au chômage, ou l'ont été, de symboliser par un objet ce que cette période représente pour elles, il vise à recréer ce monde commun entre chômeurs et non-chômeurs qui a petit à petit disparu. Il veut montrer que malgré le chômage qui sépare temporairement, nous restons fondamentalement des semblables, et que nous pouvons parler ensemble, nous comprendre et nous entraider. Il aura atteint son but s'il contribue peu à peu à ce que les demandeurs d'emploi passent du silence à la parole, de la parole à la représentation et de la représentation à une vraie coopération avec une société qui redevient solidaire, comprend mieux pour mieux agir et se reconstruit avec eux, et non pas contre eux ou loin d'eux. Jean-Baptiste de Foucauld |
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